Villanelle d'Amidor reprochant une légèreté

 

À la fin celui l'aura

Qui dernier la servira.

De ce cœur cent fois volage,

Plus que le vent animé,

Qui peut croire d'être aimé

Ne doit pas être cru sage

Car enfin celui l'aura

Qui dernier la servira.

 

A tous vents la girouette,

Sur le faîte d'une tour,

Elle aussi vers tout amour

Tourne le cœur et la tête

À la fin celui l'aura

Qui dernier la servira.

 

Le chasseur jamais ne prise

Ce qu'à la fin il a pris,

L'inconstante fait bien pis,

Méprisant qui la tient prise

Mais enfin celui l'aura

Qui dernier la servira.

 

Ainsi qu'un clou l'autre chasse,

Dedans son cœur le dernier

De celui qui fut premier

Soudain usurpe la place

C'est pourquoi celui l'aura

Qui dernier la servira.

 

Honoré d' URFÉ

(1567-1625)