Désespoir

Car ce mien feu, qui peu à peu me fond,

Est dans mon cœur allumé si profond,
Qu'il ne peut pas, bien qu'il soit grand, reluire
Devant les yeux qui, pour mal me conduire,
Font le Soleil de grand'honte retraire :
Ainsi je meurs, étant contraint me taire.

Pour moi ne vois remède suffisant,
Ni pour ma peine aucun moyen duisant :
Car mon désir a peur de désirer,
Qui tant plus croît, tant plus fait empirer
Ce mien espoir, qui peu à peu me faut,
Et toutefois en moi point ne défaut,
Ni s'amoindrit ma grande passion :
Mais toujours croît par obstination.

La Mort me suit, non pour paix me donner,
Mais seulement pour ne m'abandonner :
Aussi celle est, qui pallie, et adombre
De mes travaux un non guère grand nombre :
Parquoi je dis - sans ailleurs recourir -
Qu'on peut trouver plus grand mal que mourir ;
Mais bien meilleur est mourir à qui aime
En grand'douleur, et peine tant extrême.

[…]