Chanson


Je le lairrais faire à part ses discours,

Puis peu à peu de lui m’écarterais,

Et toute nue en l’eau me jetterais ;

Mais je voudrais lors quant et quant avoir

Mon petit luth accordé au devoir

Duquel ayant connu et pris le son,

J’entonnerais sur lui une chanson

Pour un peu voir quels gestes il tiendrait.

Mais si vers moi il s’en venait tout droit,

Je le lairrais hardiment approcher ;

Et s’il voulait, tant soit peu, me toucher,

Lui jetterais, pour le moins, ma main pleine

De la pure eau de la claire fontaine,

Lui jetant droit aux yeux ou à la face.


Pernette du GUILLET

(vers 1520-1545)


Mariée en 1538, Pernette du Guillet a rencontré deux ans plus tôt le poète Maurice Scève de 20 ans son aîné dont elle devient l’élève. Leur amour impossible devient la source d’inspiration de ses poèmes, publiés post-mortem par son mari en 1545 sous le titre Rymes de gentille et vertueuse dame, Pernette du Guillet. La plupart de ses vers ont été écrits pour être mis en musique et chantés. Quant à Maurice Scève il publie Délie, un recueil de poèmes qu’il lui dédie sans la nommer.