Sarthe


J'ai vu bien des pays, la mer et la montagne,

J'ai vu maints monuments, abbayes et châteaux,

Cathédrales, donjons et manoirs tous plus beaux,

Et j'ai trouvé la Sarthe en quittant ma Bretagne,

Ma campagne natale où je ne sus durer.

J'ai choisi d'autres cieux, une neuve patrie ;

Sarthe sur mon chemin m'accueillit pour la vie

Et j'y vécus poète, heureux et sans regret ;

Doux pays onduleux, de pins et sables roux,

De prairies et de champs, de ruisseaux à l'eau lente,

De logis merveilleux, vieilles pierres qui chantent,

Sous le soleil de France et dans mon cœur surtout.

Tant de noms prestigieux chantés par les poètes,

Le Lude et Montmirail, Verdelles et Courtanvaux,

Et l'austère Solesmes, l'abbaye de 1'Epau,

Comment les citer tous en cette ronde en fête !

L'antique Mans culmine avec sa cathédrale,

Une dentelle fine à la pierre lointaine,

Tout autant qu'à Paris, la Dame Souveraine,

Le Mans dans sa muraille, œuvre monumentale.

Sur l'inégal pavé, arrête-toi, passant,

Au long de la ruelle où le ciel se fait mince.

Vois les humbles logis ou demeures de princes :

Alors tu sentiras battre l'âme du Mans.

Fiers Celtes et Romains, tous sont passés céans;

Rôdent les souvenirs, ici de ceux d'Albion,

Là de Jeanne Lorraine et de Napoléon ;

De guerriers, de poètes et même d'Artagnan !

Sarthe, pays du nord, tu n'as pas la chaleur

De ces lointains pays aux côtes si brûlantes,

Mais tu as bien mieux qu'eux: des monuments qui chantent,

Et mon cœur t'a choisie pour un humble bonheur !


Jean SAURÉ

[La Province du Maine - Tome 91]