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Il y a presque 40 ans, un jeune homme de 30 ans partageait la vie d'une peuplade amérindienne dans la jungle panaméenne. Cette expérience, dit-il, a bouleversé, sa vie, "sa façon d'être avec les autres, de marcher, de manger, d'aimer, de dormir, et jusqu'à mes rêves".
Ce jeune homme c'est Jean-Marie Gustave Le Clézio, découvert par le grand public à seulement 23 ans, âge auquel il a reçu le prix Renaudot avec Le Procès-verbal (1963). De ses séjours lointains, Le Clézio est revenu avec une véritable passion pour les sociétés mexicaines et amérindiennes. Ses voyages lui ont inspiré des scènes de ses romans et même des livres entiers comme cette "fête chantée", cérémonial de plusieurs jours et nuits consécutives pendant lequel les chamans s'efforcent de guérir les malades de la communauté.
Depuis, il ne cesse d'écrire pour sauvegarder les civilisations en voie de disparition. Depuis, il ne cesse d'exprimer la nostalgie des mondes perdus. Nombre de ses héros se lancent comme lui, dans cette quête, qu'elle soit généalogique (Le Chercheur d'Or, 1985, Voyage à Rodrigues, 1986) ou historique (Relations du Michoacan, 1984, Le Rêve mexicain, 1988, La Fête chantée, 1997). Ses proches peuplent son œuvre. Un grand-père, juge à l'île Maurice est le héros du Chercheur d'or ; l'autre, médecin, parti de Marseille est retenu sur l'île en raison d'une épidémie de variole (La Quarantaine, 1995) ; le père est médecin de brousse britannique en Afrique (Onitsha, 1991, L'Africain, 2004).
Cet écrivain, qui aime les hommes du Sahara (Désert, 1980) est, lui aussi, un nomade. Il vit entre le Michoacan, Albuquerque (États-Unis), Nice... L'auteur d'origine mauricienne, a en outre, des racines familiales en Bretagne et en Picardie. Et pourtant, jeune, il avoue avoir grandi dans un univers particulièrement clos : "je vivais avec mes livres, mes dictionnaires, l'accent créole de mon père, la nourriture mauricienne de ma mère. C'était très agréable mais il fut très difficile d'en sortir." Dès 7 ans, il écrit : "J'aurai aimé être dessinateur de bandes dessinées (...) les bulles malheureusement ont avalé le dessin", dit-il. Voyageur dans la vie et dans ses romans, Le Clézio reste également assez éclectique dans la composition de sa famille littéraire. Il aime Conrad, Zola, Flaubert, Cendrars, Tourgueniev, Colette, Rimbaud, Italo Svevo, Ben Jelloun, Aimé Césaire et a consacré des essais littéraires à Lautréamont, Maurice Blanchot et Julien Gracq.
Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008, en tant "qu'écrivain de nouveaux départs, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante", selon la déclaration de l'Académie Nobel. Celle-ci a surtout tenu à récompenser un auteur qui échappe à sa propre nationalité en allant, souvent, à contre-courant de ce qu'écrivent ses compatriotes, pour mieux irriguer à sa manière la littérature mondiale.


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