Amour, je prends congé

Amour, je prends congé de ta menteuse école,
Où j’ai perdu l’esprit, la raison et le sens,
Où je me suis trompé, où j’ai gâté mes ans,
Où j’ai mal employé ma jeunesse trop folle.

Malheureux qui se fie en un enfant qui vole,
Qui a l’esprit soudain, les effets inconstants,
Qui moissonne nos fleurs avant notre printemps,
Qui nous paît de créance et d’un songe frivole.

Jeunesse l’allaita, le sang chaud le nourrit,
Cuider l’ensorcela, paresse le pourrit,
Entre les voluptés vaines comme fumées.

Cassandre me ravit, Marie me tint pris :
Jà grison à la Cour, d’une autre je m’épris,
L’ardeur d’amour ressemble aux pailles allumées.

Pierre de RONSARD
(1578)
[Amours diverses]