Songe, songe, mortel

Songe, songe, mortel, que tu n’es rien que cendre
Et l’assuré butin d’un funeste cercueil ;
Porte haut tes desseins, porte haut ton orgueil,
Au gouffre du néant il te faudra descendre.

Qu’est enfin un César, et qu’est un Alexandre
Dont les armes ont mis tant de peuples en deuil ?
Ils sont où les grandeurs doivent toutes se rendre
Et toutes se briser comme sur un écueil.

Que ces exemples donc ton esprit humilient,
Et que tes vanités sous de tels rois se plient ;
Ils furent dans leur temps plus que tu n’es au tien.

Cependant il n’en reste, après tant de merveilles
Qui furent des humains la perte et le soutien.
Qu'un peu de poudre au vent et de bruit aux oreilles.

Charles de VION D'ALIBRAY
(1600-1650)
(1653) 
[Œuvres poétiques]

Merci à un lecteur vigilant, Meligood, pour avoir remarqué l'absence de la dernière phrase du second tercet de ce sonnet de Vion d'Alibray posté le 21 avril 2009...