Quelle soie aux baumes de temps

Quelle soie aux baumes de temps
Où la Chimère s’exténue
Vaut la torse et native nue
Que, hors de ton miroir, tu tends !

Les trous de drapeaux méditants
S’exaltent dans notre avenue :
Moi, j’ai ta chevelure nue
Pour enfouir mes yeux contents,

Non ! La bouche ne sera sûre
De rien goûter à sa morsure
S’il ne fait, ton princier amant,

Dans la considérable touffe
Expirer, comme un diamant
Le cri des Gloires qu’il étouffe.

Stéphane MALLARMÉ
(1887)
[Poésies]