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Alain BASHUNG
Fantaisie militaire

Barclay - Enregistrement Janvier 1997 - Parution Mai 1998

De l'émouvant "Fantaisie militaire", qui donne son titre à l'album, au sublime "La Nuit je mens", Alain Bashung, hanté par les affres d'une rupture sentimentale, donne ici volontiers dans la noirceur et la désespérance. Ce qui ne l'empêche pas de faire montre de son habituelle ingéniosité musicale, en allant flirter du côté du trip-hop, avec des morceaux comme "Ode à la vie" et "Au pavillon des lauriers", ou en nappant de cordes le magnifique slow "Dehors" ou le superbe "Mes prisons". À l'invitation de Bashung ont répondu les talentueuses collaborations de Rodolphe Burger (Kat Onoma), et des guitaristes Adrian Utley (Portishead) et Edith Fambuena (Les Valentins), qui a, par ailleurs, signé trois des plus belles compositions de l'album. Entre étrangeté et émotion, poésie et satire, le rocker français apporte alors une nouvelle preuve de son envoûtante créativité et de sa singulière personnalité. Son plus bel album, le plus abouti, et assurément un des plus beaux albums de "musique française"…

Fantaisie militaire

Au pays des matins calmes
Pas un bruit ne sourd
Rien ne transpire des ardeurs
J'aimais quand je t’aimais
J'aimais quand je t’observais
J'étais d'attaque

J'sais plus qui tu es
Qui a commencé
Quelle est la mission
Soldat sans joie va déguerpis
L'amour t’a faussé compagnie

Des nuits sans voir le jour
À se tenir en joue
Des mois à s’épier passés à tenter
De s'endormir hanté
Ne plus savoir

J'sais plus qui tu es
Qui a commencé
Quelle est la mission
Soldat sans joie va déguerpis
L'amour t'a faussé compagnie
L'amour t'a faussé compagnie

Sais-tu qu'la musique s'est tue
Sais-tu qu'un salaud a bu l'eau du nénuphar
L'honneur tu l'as perdu sur ce lit de bataille
Soigne les hommes à poigne

Madame rêve

Madame rêve d'atomiseurs
Et de cylindres si longs
Qu'ils sont les seuls
Qui la remplissent de bonheur
Madame rêve d'artifices
Des formes oblongues
Et de totems qui la punissent
Rêve d'archipels
De vagues perpétuelles
Sismiques et sensuelles
D'un amour qui la flingue
D'une fusée qui l'épingle
Au ciel
Au ciel
On est loin des amours de loin
On est loin des amours de loin
On est loin
Madame rêve ad libitum
Comme si c'était tout comme
Dans les prières
Qui emprisonnent et vous libèrent
Madame rêve d'apesanteur
Des heures des heures
De voltige à plusieurs
Rêve de fougères
De foudres et de guerres
A faire et à refaire
D'un amour qui la flingue
D'une fusée qui l'épingle
Au ciel
Au ciel
On est loin des amours de loin
On est loin des amours de loin
On est loin
Madame rêve
Au ciel
Madame rêve
Au ciel
Madame rêve

Aussi discret dans le paysage médiatique que charismatique sur scène et innovant dans ses chansons, celui que "Les Inrockuptibles" avaient récemment qualifié de "dernier des géants" aura constamment évolué tout au long de quarante années d'une carrière qui l'aura vu abandonné l'image de chanteur léger et dilettante, due notamment à son tube "Gaby", pour un statut d'artiste inclassable à la fois reconnu par le public et admiré par ses pairs. Du rock un peu kitsch, alimenté par une écriture automatique, de ses débuts, Bashung était passé à des titres plus ambitieux tels qu'"Osez Joséphine", "Madame rêve", ou "La nuit je mens" ou la profondeur des textes et l'audace des orchestrations semblaient à chaque fois plus poussées. Jusqu'à la reconnaissance de "Fantaisie militaire". Son dernier opus "Bleu pétrole", peut-être le plus politique, était sorti il y a un an, en mars 2008.