9782714437488


Haruki MURAKAMI
Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

Belfond - 1992 - 250 p.

Chaque soir, dans son bar de Tokyo, Hajime accueille les clients, observe ses employés, discute avec les habitués… Quand il s’installe au comptoir un livre à la main, bercé par le trio de jazz, c’est souvent une autre musique qui résonne dans sa mémoire, d’autres lectures aussi, celles qu’il partageait avec Shimamoto-san lorsqu’ils avaient douze ans… Aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, il est marié et père de deux petites filles adorables, propriétaire de deux bars en vogue à Tokyo et d’une résidence secondaire à la campagne. En devenant un homme ordinaire, il a sacrifié ses idéaux et trouvé un semblant d’équilibre. Mais tout va basculer quand Shimamoto.san réapparaît sur son chemin. Rongé par le désir, Hajime tente de conquérir la femme mystérieuse et fascinante qu’est devenue l’amie de son enfance dont le souvenir ne s’est jamais estompé. On retrouve l’atmosphère imprégnée de magie mais toujours profondément ancrée dans la modernité de MURAKAMI, maître dans l’art d’instiller l’extravagant dans les apparences du raisonnable. Il appose sa griffe minimaliste, lisse, étrange, à une bouleversante histoire d’amour entre deux êtres blessés et vulnérables, où la délicatesse des sentiments et la nostalgie cachent des abîmes… et peut-être une nouvelle image de la vie pour celui qui se qualifie lui-même « d’enfant perdu ». MURAKAMI nous entraîne dans un livre, s’il n’est jamais ouvertement fantastique, n’en déroule pas moins les fascinants anneaux d’une réflexion sur l’identité, le réel et le temps. Cette lecture s’effectue comme une procession lente et mesurée, sans avidité, ni boulimie romanesque. La phrase, sèche et tendue, a la curieuse faculté de mettre les personnages à distance d’eux-mêmes. Mystérieusement, ils parlent presque d’outre-tombe, dévoilant sur eux-mêmes une vérité qu’ils semblent fatigués de vouloir endosser. Ceux qui ont aimé les précédents livres [Écoute le chant du vent, La Course au mouton sauvage, La Fin des temps, La Ballade de l’impossible, L’Éléphant s’évapore,…] De MURAKAMI reconnaîtront la satire sociale sous le masque de l’auto-dénigrement et ce ton impassible qu’utilise habituellement l’auteur pour décrire à la fois des événements ordinaires et d’autres totalement irréels. Mais, pour sa dimension intime, ce roman est sans doute le plus émouvant.