Une troisième vision bouleversa Saint-Juste. Il vit Amalthée, la chèvre qui allaita Zeus, Galathée, une nymphe qui doit son nom à la blancheur du lait et la vache Audhumla, figure de la mythologie nordique. À la suite de cette illumination plus intense et plus claire que les précédentes – « une lumière de feu, d’une extrême brillance, venant du ciel ouvert, fondit sur mon cerveau tout entier et sur tout mon corps » -, il comprit devant les portes du monastère comment pouvaient naître ces délices. Il se retourna vers les complices de cette aventure et se décida à leur décrire avec précision la recette.
Désespéré d’apprendre que son secret s’était éventé, le prieur du Clos Caillé prit d’un accès de folie et de paranoïa voulut tuer tous les moines. Comprenant cet affreux dessein, Saint-Juste et ses fidèles lieutenants assaillirent le monastère pour sauver les moines hurlants de peur.
Le Chevalier Saint-Juste écrivit une lettre d’adieu à son épouse adorée pour lui expliquer la situation dans laquelle il se trouvait. Désirant tenir sa promesse, il devient abbé du Clos Caillé. Avant de renvoyer les siens continuer sa passion de maître fromager, il leur adresse ce dernier message : « Toute création possède un éclat, un rayonnement particulier. Ce peut être sa viridité, ses semences, sa floraison ou sa beauté, mais ce ne serait pas une création si elle en était dénuée – car le monde est vivant, être et esprit, tout est verdoyant de verdeur, tout est créativité. »...
Muze15