L'arrière-automne

Ce n’était pas vraiment l’été indien
pas même celui de la Saint-Martin
car il n’y avait pas eu de gelées
auparavant la saison s’étirait
avec beaucoup de nuages et de pluies
qui provoquaient graves inondation

Malgré le réchauffement constaté
on savait bien qu’arriverait l’hiver
avec son blizzard ratissant l’espace
et tous les accidents dûs au verglas
on attendait on regardait monter
le brouillard sur les villes des vallées

Et l’on était suspendu aux nouvelles
il y avait des menaces de guerre
dans un autre continent il est vrai
mais s’il y avait mondialisation
c’était bien dans l’appesantissement
de ces ailes ténébreuses partout

Les arbres suffisamment à l’abri
gardaient leurs feuilles approfondissant
leurs couleurs et l’on avait l’impression
qu’elles disaient individuellement

écoutez-moi contemplez-moi sauvez
la formule que je vous ai trouvée

Brûlant sans nous consumer dans le soir
égrenant nos litanies de conseils
pour traverser le tunnel périlleux
avec ses craquements et caquetages
les grains de sable et les flocons de neige
de la foule en tourbillons de détresse

Sœurs développant nos splendeurs ultimes
dans le vent nous annonçant l’imminence
de notre inhumation-pourrissement
où nous nous déferons en protégeant
les germes d’une invention de jouvence
dans un an dans un siècle un millénaire

Michel BUTOR
Mars 2004
[Poème publié dans l'anthologie Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, Gallimard]