Stances

Que l'homme est bien, durant sa vie,
Un parfait miroir de douleurs !
Dès qu'il respire, il pleure, il crie
Et semble prévoir ses malheurs.

Dans l'enfance, toujours des pleurs,
Un pédant porteur de tristesse,
Des livres de toutes les couleurs,
Des châtiments de toute espèce.

L'ardente et fougueuse jeunesse
Le met encore en pire état.
Des créanciers, une maîtresse
Le tourmentent comme un forçat.

Dans l'âge mur, autre combat.
L'ambition le sollicite ;
Richesses, dignités, éclat,
Soins de famille, tout l'agite.

Vieux, on le méprise, on l'évite.
Mauvaise humeur, infirmité.
Toux, gravelle, goutte, pituite,
Assiègent sa caducité.

Pour comble de calamité,
Un directeur s'en rend le maître.
Il meurt, enfin, peu regretté.
C'était bien la peine de naître !

Jean-Baptiste ROUSSEAU