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James IVORY

Chambre avec vue
1986 / Couleur / 1h50 / DVD
avec Maggie Smith, Julian Sands, Helena Bonham Carter 
Lucy Honeychurch, jeune fille anglaise de bonne famille, chaperonnée par sa cousine Charlote Bartlett, est en voyage à Florence quand elle fait la connaissance du fougueux George Emerson. Ce dernier lui vole un baiser, précipitant du même coup le retour de la jeune fille dans l'Angleterre de 1907. Peu de temps après elle célèbre les fiançailles de son futur mariage de convenance avec Cecil Vyse, aussi coincé que cultivé. Par le plus grand des hasards, Cecil loue une de ses villas à la famille Emerson. Très vite George refait surface dans la vie de Lucy. Adaptation du britannique E.M. Forster, Chambre avec vue est l'occasion pour James Ivory de nous faire visiter la « plus belle ville du monde » de la plus belle des manières, à travers le regard d'une jeune fille découvrant subitement l'amour. S'appuyant sur un casting de toute beauté, le réalisateur américain très britannique, souvent déprécié pour sa trop grande préciosité, en use et en abuse dans ce film sans que l'on puisse lui faire le moindre reproche tant le récit s'y prête parfaitement.
Stigmatisant avec un humour « so british » la déliquescence d'une société britannique dont la chape de plomb victorienne est en train de voler en éclat, Ivory lui oppose la magnificence florentine et la fougueuse jeunesse en train d'éclore de ces vieilles statues de cire. Musique et photographie de toute beauté, des acteurs britanniques au faîte de leur art, une histoire universelle parfaitement traitée, rien ne manque à cette visite guidée de luxe, à la fois touristique et amoureuse. Et quelle brochette de personnages ! On retrouve avec plaisir une Maggie Smith plus coincée que jamais, un Denholm Elliott en bon vivant un peu gaffeur (vous vous souvenez sûrement du Marcus Brody ami d'Indiana Jones.), un Julian Sands au charme ravageur, un Rupert Graves, encore trop méconnu à mon goût, qui ressemble à s'y méprendre au jeune Johnny Depp, un Simon Callow tel que vous avez pu le voir dans Quatre mariages et un enterrement, ou encore un Daniel Day Lewis en permanente représentation de soi-même, très cultivé, mais qui au final ne connaît rien à la vie. La scène du baiser avec Lucy puis celle de la rupture symbolisent bien l'évolution qu'est en train de suivre le personnage. En résumé, quand les britanniques s'amusent à se grimer, on a plus qu'à se taire et à profiter.
L’œuvre de James Ivory n’aurait jamais vu le jour sans l’apport essentiel de son fidèle producteur, Ismail Merchant, rencontré dans les années 60, et de sa scénariste dévouée, Ruth Prawer Jhabvala. A eux trois, ils ont marqué le cinéma de leur empreinte délicate et de leur capacité à puiser intelligemment dans des romans du XIXe siècles afin d’étudier les maux de notre société : l’intolérance dans Maurice, la lutte des classes dans Retour à Howards End et le puritanisme des mentalités dans Chambre avec vue. Ces films, tous adaptés de romans de E.M. Forster, font partie de la période la plus prolifique du trio anglo-américain. Formidable étude de la nature humaine dans l’Angleterre d’Edward VII, les romans de Forster sont le reflet d’une des périodes les plus pathétiques que la Grande-Bretagne ait connu. Selon l’écrivain lui-même, "l’Angleterre a toujours été fort peu encline à accepter la nature humaine". Fort de ce postulat littéraire, Ivory va réaliser trois œuvres qui lui permettront de filmer les aspects inattendus de la société britannique de cette période. Dans Chambre avec vue, véritable retour à la nature, l’auteur américain enveloppe ses comédiens dans une ambiance charnelle et diabolique à la fois. Véritable comédie de l’innocence, cette première adaptation se veut rayonnante, lumineuse et extravertie.