Brad Watson, auteur du Paradis perdu de Mercury, pépites à lire du 07 septembre
[Entretien de François Busnel]

Né en 1955, Brad Watson a étudié le français il y a 25 ans à l’Université. Il vit aujourd'hui à Oxford, à 150 mètres de la maison où William Faulkner a vécu durant 20 ans, donc à deux pas du sanctuaire. "J'ai voulu être un passeur de Faulkner et ne retenir que les choses utiles de son œuvre." Après avoir publié son premier recueil de nouvelles, Last days of the dog men, en 1996, Brad Watson nous a offert un roman de toute beauté, en 2005, avec Le paradis perdu de Mercury. Sur fond de racisme ambiant, dans un sud des Etats-Unis au début du XXe siècle, l'histoire d'un homme qui tombe amoureux d'une jeune fille dans une petite bourgade du Mississippi et ne se résout pas à vieillir loin d'elle. " Un livre que j'ai écrit alors que j'étais au pôle Nord, c'est-à-dire à Boston. Pour mon prochain roman, j'irai vivre à mi-temps dans le Wyoming." (Editions des Deux Terres). Originaire du Massachusetts, ancien enseignant et romancier, il a fréquenté les ateliers d’écriture de l’université d’Alabama avant de s’imposer comme un maître de la nouvelle et une des figures marquantes du retour en force de la grande tradition littéraire du Sud. Son style est inouï, son roman est polyphonique et apporte un souffle nouveau. "Il y a chez lui du Toni Morrison", dit Jim Harrison. "Le paradis perdu de Mercury" est son premier livre publié en France.

Mercury, ville imaginaire ou inspirée de Meridian, votre ville natale ? Ca ressemble à Mercury, mais pas plus qu’une personne imaginée dans un rêve ne ressemble à une personne réelle, j’ai pris des choses vraies de la vie, mais j’ai aussi pris des libertés de réduire ou d’exagérer certaines choses.
Comment est le Sud des Etats-Unis aujourd’hui ?
  Faulkner a écrit sur les petites villes des USA et puis, maintenant, une partie de ces villes a disparu. Donc, les villes qui restent sont devenues plus grandes, donc il y a moins de villages, moins d’espace pour l’agriculture qu'à l'époque de Faulkner. Quand j’étais enfant - Faulkner est mort en 1962 - j’ai connu ce Sud qui a disparu.
Donc, le racisme a un peu disparu du fait de la disparition de ces villages ? On parle du "White Flight", du "Vol des Blancs", c’est-à-dire de ceux qui ont pu s’éloigner et s’isoler des Noirs, à l’extérieur des villes et ont construit des écoles privées, afin d’en exclure les étudiants noirs, sur une base économique. Et ceux qui, comme moi, sont restés dans des écoles publiques, ont eu l'impression d'être une génération "cobaye". Oxford est devenue le symbole de la lutte contre le racisme. Dylan lui a même consacré une chanson. J’ai milité pour les droits civiques des Noirs. Mais, après dix ans de militantisme, je n’arrivais qu’à faire taire mes parents, sans pouvoir rien changer dans la société américaine.
Vous habitez à 150 mètres de la maison où a vécu Faulkner. Ca rassure ou ça inquiète ? Même si j’étais à 3 000 km de chez Faulkner, sa littérature m’a tellement inspiré que cela n’a aucune importance. Mais, cela rend le mythe de Faulkner un peu plus digérable et donc un peu plus réel.
Rendre le même mode de traitement que Faulkner était une difficulté ? Il était difficile de ne pas s’inspirer de Faulkner. Cormack Mc Carthy a mâché, puis digéré et avalé Faulkner, mais c’est l’un des rares à l’avoir fait. Dans un premier temps, cet auteur avait un ton qui ressemblait à Faulkner. Puis, il a fini par devenir le "Monsieur Hulk" de Faulkner. Moi, je voulais être un écrivain qui puisse être un passeur de Faulkner et ne retenir que les choses utiles de son œuvre.
"Le Paradis Perdu de Mercury", c’est l’histoire d’un journaliste, pourquoi ? J’ai commencé avec le personnage de Finus Bates. Moi-même j’ai été journaliste dans les années 80 pour un petit journal local et j’aimais beaucoup ce monde local avec ses journalistes hauts en couleurs. J’avais connu un journaliste du Nord de l’Alabama qui avait écrit des articles pour la rubrique nécrologique et dont je me suis inspiré, même si je ne l’ai jamais rencontré. Il y a quelques années, il a fait un saut à l’élastique à l’âge de 80 ans et c’est passé sur une chaîne de télé. Donc, j’ai abandonné cette histoire, pendant que je m’intéressais au personnage de Birdie Wells. J’ai pensé à ma propre grand-mère qui m’a amené à des anecdotes familiales, à partir de certains membres de ma famille. Quand j’étais petit, il avait quelqu’un qui parlait sur la radio locale et donc Finus Bates est basé sur le journaliste du Nord de l’Alabama, mais aussi sur ce vieux monsieur de la radio et sur ma propre personnalité.
Comment avez-vous procédé pour construire l'intrigue de votre roman ? J’ai imprimé le livre, chapitre par chapitre, et dans une grande pièce, j’ai posé les feuilles par terre et en me promenant. J ’ai essayé de comprendre comment ces chapitres étaient liés et j’ai pris un bon whisky avec ces amis de papier. Et c’est là que j’ai vu que certains passages étaient confus. Les passages du passé, notamment, je les ai remis dans l’ordre pour conserver la chronologie des personnages. Ce qui a permis au lecteur de mieux rentrer dans le roman.