Nuits blanches en Islande

Tu es blanche et je suis noir ; mais le jour a besoin de s'unir à la nuit pour enfanter l'aurore et le couchant, qui sont plus beaux que lui !
Victor HUGO
Bug-Jargal

Blanc le ciel, blanches les nuits, blanches les glaces persistantes des cimes de ce nord islandais aux étés opalescents. À Akurciry, Chronos nous abandonne. Est-il midi ? Est-il minuit ? Qu’importe, le jour nous prend… Les amants prétendent que ces heures pâles leurs sont propices. Dans les boîtes de nuit, on tire de lourds rideaux noirs qui masquent de leur nuit l’ivresse des fêtards.
Le plus étrange, c’est ce sommeil qui ne vient pas. Nous avons pourtant tout essayé, les bains chauds dans les sources naturelles et les galops à bride abattue. Et même au « tölt », cette drôle d’allure, comme un envol, offerte par les seuls chevaux islandais. On marche, aussi, dopé par l’air et le vent fou que rien n’arrête depuis le cercle polaire.
Ce qui nous grise, ce sont nos pauses « souffrances ». Je plaisante. Quoique… C’est du côté de Myvatn, un lac fantasmagorique hérissé de roches volcaniques, spectres pétrifiés qui semblent t’attendre. Là, cratère de boues fumantes en ébullition, immensités tremblantes de pierres noires, vertes et jaunes. Enfin, l’immensité noyée dans de frémissantes fumerolles de soufre dans lesquelles nous nous perdons, fantômes du bout du monde complices de Vulcain fourrageant le sol juste sous nos pieds…
Muze15